mardi 09 mars 2010

Fernand Guériff - Fondateur de l'APHRN

Intégralité de l'article de Christiane Marchocki, paru dans "Histoire & Patrimoine" numéro 73 (2009)

Passionné d'histoire, pédagogue, musicien, les talents du fondateurs de l'APHRN sont nombreux

Q
ui n'a pas eu la chance de connaître Fernand Guériff est intrigué par tous les échos qui lui parviennent à travers ceux qui l'ont côtoyé. Tous s'accordent pour rappeler son érudition, sa cordialité, son travail, son œuvre vaste et variée, enfin sa personnalité aussi attachante que marquante. Chacun loue sa discrétion autant que son rayonnement. En cette année 2009 nous fêtons le quarantième anniversaire de notre APHRN
– Association Préhistorique et Historique de la Région Nazairienne – association qu'il a fondé en 1969, première assemblée générale le 26 juin.
 
De l'École normale au château de la Forêt
Le 9 avril 1914 Fernand Guériff naquit à Saint Nazaire. Il fut un élève studieux à l'école communale ainsi qu'aux « Cours Complémentaire ». Ses maîtres le remarquèrent très vite. À l'Ecole Normale d'instituteurs de Savenay il eut l'occasion de faire valoir ses dons de compositeur musical. À l'admiration de ses professeurs ses camarades, il composa une mélodie pour accompagner une « fantaisie en vers » lors d'une scène de la « Locandiera » de Goldoni. Il fit preuve d'aisance et de charme dans le style de comédie vénitienne du XVIIIe siècle. Il appréciait particulièrement Saint Nazaire et y poursuivit sa carrière d'enseignant. Il consacra sa vie à la pédagogie, à l'histoire et à la musique.
Sa première affectation l'amena à vivre à Montoir quelques années, puis il arriva à Saint Nazaire. Pendant la guerre de 1940 il accompagne ses élèves au château La Forêt 1 sur la commune du Cellier où ils s'étaient réfugiés. Fernand Guériff rencontre René Guy Cadou avec qui il se lie d'amitié. Celui-ci lui confie un poème de Max Jacob et lui demande de le mettre en musique. En revenant du château La Forêt il est nommé surveillant général au collège technique de Saint Nazaire qui était alors replié à La Baule. Les bureaux se trouvaient à l'hôtel Celtic ainsi que le logement du directeur. Les étages du premier « building » baulois abritaient les dortoirs, les appartements du surveillant général étaient situés au rez-de-chaussée. Mademoiselle Jacqueline Le Roux, turballaise de souche, travaillait à l'économat. Jacqueline et Fernand se marient en décembre 1946 à La Turballe. 


Autodidacte, chercheur, pédagogue
Pendant la « reconstruction » de Saint Nazaire, les écoles et la maison de la famille Guériff ayant été détruites, Jacqueline et Fernand vivent à La Baule.
Fernand Guériff avait appris le violon à l'âge de 7 ans, puis, seul, il s'exerce au piano, étudie l'harmonie et acquiert, toujours seul, sa culture musicale. Lors d'une visite privée, M. Tondeux, inspecteur à l'Education Nationale, le surprend travaillant à ses partitions étalées sur la table. Le maire de Saint Nazaire,
M. Blancho désirait que les enfants des écoles bénéficient d'une formation musicale, il fallait recruter un enseignant compétent dans cette discipline. Fernand Guériff fut alors affecté à ce poste. Par la suite, il créera l'école de municipale de musique de la ville, qui deviendra, plus tard, école nationale.
Dans le même temps, Jacqueline et Fernand sillonnent la région à la recherche de vestiges tant matériels qu'oraux. Ils relèvent les moulins, les croix, les fontaines, les manoirs, les témoignages, toutes les traces de vie du passé. Ils sont toujours ensemble. C'est Jacqueline qui pilote la voiture, Fernand ayant en horreur la conduite automobile.  
Jacqueline n'est pas elle-même inactive. Elle assure la présidence des AVF (accueil des villes françaises). Toujours pour Saint Nazaire, elle participe à la création de l'Université Inter Ages. Elle en est bientôt présidente et nommée au bureau national à Paris. Elle donnera deux conférences, avec aisance et charisme. Elle rappelle la personnalité et la vie des femmes qui ont donné leur nom aux rues que nous connaissons : Sophie Germain, Maryse Bastié, Georges Sand, Marie Curie.
 
Écrivain et musicien
Fernand écrivait continuellement « il travaillait sans cesse » nous dit son épouse. On peut relever dix-huit titres pour la Société des Amis de Guérande : Le culte de Saint Michel à Guérande, les cycles calendaires dans le folklore guérandais, les Belliotte de la Ville-Alain etc. Pendant vingt-cinq ans il fut l'un des administrateurs de la société.
C'est en 1969 qu'il fonde l'APHRN (association préhistorique et historique de la région nazairienne). Il en est le président de 1969 à 1979 puis à nouveau de 1984 à 1990. Nombreux sont les textes qu'il signe dans ce qui est alors « le bulletin » ronéotypé entre amis qui se rencontrent avec plaisir autour de lui. Nombreuses sont ses monographies : Sur les chemins du Sel ; Les loups ; Les Nautes de la Loire
En
n, paraissent régulièrement dans l'Echo de la Presqu'île guérandaise ses articles ayant pour thèmes le mobilier local, les anciens jouets… Vice-président de la Société de Mythologie française, il écrit dans cette revue sur des sujets se rapportant à la région nazairienne.
Il est reconnu et honoré : Médaille de la ville de Saint-Nazaire, Officier de l'Ordre des Palmes Académiques, membre de l'académie de Bretagne.
1961 Premier prix de géographie de la Société Académique de Nantes et de la Loire Atlantique pour Terroirs du pays de Guérande en collaboration avec son ami Gaston Le Floch.
1980 Prix de l'académie de Bretagne pour l'ensemble de son œuvre.
1981
Grand prix de la mer décerné à Paris au Musée de la Marine par l'Association des écrivains de langue française pour De poudre de gloire et de misère (A. Bellanger, 1980).

On ne peut ici citer de manière exhaustive, toute son œuvre littéraire.
Son œuvre musicale n'est pas moins remarquable. Après de longues années de recherches, il a publié Trésor des chants populaires du pays de Guérande et a fondé le groupe vocal Pays Blanc, Pays Noir. Il participait pour la mélodie, aux soirées du manoir de Kerlan organisées par Xavier de Courville. Il mit en musique bien des poèmes, J. Prévert, T. Gautier, R. G. Cadou, il harmonisa des chansons, des danses recueillies en Loire- Atlantique. C'est toute une nomenclature qu'il faudrait lui consacrer pour décrire son œuvre pour piano, pour orchestre.

Un travailleur infatigable 
En plus de sa fonction d'enseignant, combien exigeante, Fernand Guériff s'adonnait à ses recherches sur le terrain, au dépouillement des archives, à l'écriture, à la composition musicale. Toutes ces activités plus captivantes les unes que les autres et même envahissantes ne l'empêchaient pas de faire preuve d'humour.
Ainsi ce jour où un interlocuteur, peu mécontent de soi-même, pensant avoir découvert sa propre voie, lui dit avec satisfaction doublée de bravade sous-jacente : « Moi, Monsieur, je suis libre penseur ». « Moi
» - lui répondit Fernand Guériff avec calme et simplicité -  « Moi, je suis penseur libre ». Ils ne parlèrent pas plus avant.
Son affabilité naturelle ne l'empêchait pas d'être redoutable devant la fatuité de certains.


Ses nombreux amis se sentirent orphelins, ce 31 janvier 1994 jour de ses obsèques à Saint Nazaire. La personnalité de certains hommes est si marquante qu'ils laissent un vide longtemps après eux.
Jacqueline Guériff, Présidente d'Honneur de l'APHRN depuis le 4 avril 2003 continue d'incarner la présence de son mari qui a tant impressionné ceux qui l'ont connu et continue d'intriguer ceux qui s'efforcent de continuer son travail. C'est elle qui peut nous en parler de la manière la plus personnelle, la plus vivante. C'est grâce à l'évocation de ses souvenirs, à nos conversations que cet article a été écrit.


Désormais nous nous efforçons de pérenniser l'esprit dans lequel Fernand Guériff travaillait, ceci à travers l'APHRN qu'il fonda et dont nous fêtons les
40 ans cette année.

Christiane Marchocki


Photos :
Jacqueline et Fernand Guériff - 1948 (Collection Jacqueline Guériff)
Fernand Guériff devant une de ses partitions (Collection Jacqueline Guériff)


Posted by Adminon mardi 09 mars 2010 - 16:05:17   Comments: 0    Envoyer par courriel version imprimable

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